Vous êtes actuellement sur le site de l'UPE Strasbourg

M. Jean-Michel Maulpoix

M. Jean-Michel Maulpoix

UPE Strasbourg

19 juillet 2022

 

Voici l'article paru dans les DNA du 16 juillet 2022

Retrouvez l'article en ligne en cliquant ici.

Jean-Michel MAULPOIX, Alsacien d'adoption - Prix Goncourt de la poésie 2022.

Le prix Goncourt de la poésie 2022 vit à Bischheim. Jean-Michel Maulpoix navigue avec élégance depuis près de 40 ans entre l’art du vers et de la prose, celui de la critique aussi, et vient d’être distingué pour l’ensemble de son œuvre.
Ce matin ensoleillé dans un café strasbourgeois, à peine perturbé par les bruits d’une ville en chantier, c’est l’été, Jean-Michel Maulpoix lit Fièvre , l’un des poèmes de Rue des Fleurs tout juste paru au Mercure de France. Ce n’est pas tous les matins qu’on rencontre un authentique poète. Celui-ci a les traits fins, le verbe alerte et des silences éloquents.

Un prix créé en 1985

Jean-Michel Maulpoix, né en novembre 1952, a essentiellement fait de la poésie en prose mais c’est à l’occasion de la parution de l’un de ses rares recueils en vers qu’il s’est vu remettre le Goncourt de la poésie 2022, pour l’ensemble de son œuvre - sa première publication remonte à la fin des années 70.
Ce prix traditionnellement remis au printemps a été créé en 1985. Parmi ses illustres récipiendaires, Claude Roy en 1985, Yves Bonnefoy en 1986 et 1987, Jacques Réda en 1999, Andrée Chédid en 2002, Philippe Jacottet en 2003, Claude Vigée en 2008, Michel Deguy en 2020… On aimerait en citer d’autres tant cette liste rappelle combien est riche la poésie contemporaine même si peu lue, mais place à Jean-Michel Maulpoix.
Il est une figure de la poésie mais est aussi un critique reconnu. Professeur émérite à l’Université Sorbonne nouvelle, il a écrit sur Henri Michaux, Jacques Réda, René Char, Rainer Maria Rilke, sur la poésie plus généralement, sur le processus d’écriture aussi.
Il a fait partie de la commission poésie de la CNL, dirigé la Maison des écrivains. « J’étais au cœur et maintenant je suis à l’écart, à l’âge où on fait les préfaces. » Ses élèves du mardi à l’Universitépopulaire de Strasbourg ont bien de la chance mais le cours affiche déjà complet.
« La poésie est réputée obscure, difficile, décourageante. Rue des Fleurs prend à contrepieds cela », formule Jean-Michel Maulpoix, réjoui de ce nouveau prix - il en a déjà eu plusieurs. « Ce qui m’a plu c’est que le jury est composé d’écrivains, on sort de l’entre-soi des poètes, qui est un monde relativement clôt. Au-delà de la reconnaissance des pairs, c’est plus large, ça touche davantage. »
Sa vie n’est pas appelée à changer radicalement pour autant. « La poésie vit sur le long terme, par imprégnation », a constaté Jean-Michel Maulpoix, dont l’unique succès immédiat en librairie a été Une histoire de bleu , édité en 1992, « rêverie autour de cette couleur de l’infini ».

Le nom de sa rue comme titre du recueil

Rue des Fleurs est le nom de sa rue, à Bischheim. Le poète a acheté une petite maison en 2019 dans ce quartier populaire, près des ateliers de la SNCF, avec son épouse, enseignante à Strasbourg - d’où sa présence dans la région, lui qui est originaire de Montbéliard et a longtemps travaillé à Paris.

« Un pas de côté pour sortir de la mélancolie »

Rue des Fleurs fait suite à deux livres de deuil et est à envisager comme un « bouquet lyrique, un pas de côté pour sortir de la mélancolie. » Le titre est simple comme sa poésie, sans esbroufe. La puissance de ses poèmes tient dans leur épure et leur limpidité. Pas étonnant qu’il soit aussi traduit au Japon.
« La poésie, c’est ma façon à moi de prendre les mots, j’ai commencé tôt à l’école primaire, pas pour raconter des histoires mais dire le monde qui m’entoure à travers les sens et les émotions, ditncore Jean-Michel Maulpoix. Je fais attention à ne pas me laisser emporter par le lyrisme, par le risque d’inflation qu’il peut y avoir. Rue des Fleurs est aussi un chemin de pensée. Il n’y a pas de gratuité de la poésie, elle n’est pas là pour faire joli. »
Jean-Michel Maulpoix n’a pas fini de réfléchir à l’écriture et il travaille à un essai sur le désir d’écrire, en revenant à Baudelaire, Flaubert ou Mallarmé.
Pour ses vacances, il a prévu de reprendre Montaigne, « extraordinairement tonique, inventif, jeune. »
Et d’ajouter : « Pour moi, Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Mallarmé sont les quatre pieds de la table, les fondateurs de la poésie moderne. Ce sont des auteurs par lesquels je repasse souvent. »

Bientôt une exposition à Strasbourg

Le poète Henri Michaux, qu’il n’a pas rencontré mais avec qui il a correspondu, était aussi un artiste.
Jean-Michel Maulpoix, « décomplexé » par son exemple, va donc aussi « par les traits plutôt que par les mots » avec ses encres, ses dessins et ses toiles.
La galerie strasbourgeoise de Chantal Bamberger va bientôt lui consacrer une exposition, l’occasion de découvrir cette autre dimension de son travail.
Rue des fleurs , Jean-Michel Maulpoix, Mercure de France, 79 pages, 10,50 €. www.maulpoix.net. Vidéo sur www.dna.fr

 

Toutes les actualités